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Leçon de journalisme



Bucarest : chute de Ceaucescu.

Paris. Journal de 19h30. FR3.

 

"Madame Gilbert, vous aviez décidé, votre mari et vous-même, d'adopter un enfant roumain, un petit garçon de 4 ans. Tout était signé, n'est-ce pas ?"

Mme Gilbert répond d'une voix calme, un peu triste.

" Oui, tout était réglé, il devait arriver à Paris cette semaine.

- Et puis, le nouveau gouvernement roumain a décidé de garder les orphelins en Roumanie ?

- Oui.

- Et ça vous rend malheureuse ?

- C'est peut-être mieux pour lui d'être élevé dans son pays...

- Et vous êtes malheureuse ?

- En un sens, je comprends la décision des autorités roumaines...

- Et vous êtes très malheureuse ? "

Mme Gilbert pleure. Merci pour cette leçon de journalisme.




Scoop

 

Le poids des images l'avait tiré de son rêve. Il se réveilla, moite, oppressé, le cœur battant techno, que sais-je encore ? Mais tout lui restait en tête : sa marche dans les rues ensoleillées à flanc de colline. De vieux immeubles promis à la destruction, qu'il connaissait déjà. Et puis soudain l'explosion (était-ce bien une explosion ?) et tout s'effondrait devant lui, à cent mètres à peine, soulevant un nuage de poussière, masquant un ciel naguère bleu, transformant cette journée ensoleillée, cette ville paisible en un Sarajevo brumeux et cauchemardesque qui étalait ses corps entremêlés aux décombres.

Il reprit peu à peu ses esprits, se calma progressivement avant de recevoir une nouvelle montée (ou bien est-ce poussée ?) d'adrénaline. C'était un signe, un clin d’œil du destin! Enfin une occasion de se remettre en selle. Il est vrai que depuis certaine piscine méditerranéenne, certain tunnel parisien, sa carrière de paparazzo, spécialisé dans le choc des photos, n'avait guère fait d'étincelles. Mais il fallait retrouver l'endroit. Où était-ce ? Belleville, Belleville bien sûr! Ces rues étroites, ces maisons tant pittoresques que lépreuses. Ce quartier de son adolescence.

Vite, il s'empara de son sac, sans oublier le grand-angle nécessaire pour fixer à jamais l'ampleur des dégâts, ne prit pas le temps de le mettre en bandoulière et dégringola l'escalier qui n'en demandait pas tant.

C'est alors qu'il se souvint que sa moto, fidèle compagne d'épopées (de planques ?), était en réparation chez le garagiste de la rue Borromée. Pestant quelque peu, il s'engouffra néanmoins dans la bouche de métro la plus proche (Volontaires). Après un changement à Pigalle, il dégouffra à Belleville, en quête de sa vision nocturne.

Il eut du mal à reconnaître le quartier après tant d'années. Gaullistes et promoteurs actifs avaient réussi à en modifier considérablement l'aspect, arrachant pâtés de maisons comme un dentiste fou l'eût fait, mélangeant dents saines et dents cariées. Mais ces considérations esthético-buccales ne l'occupèrent pas longtemps et il se mit à arpenter les rues de bas en haut et de large en long, le Canon à la main (ne pas oublier la majuscule). Des heures. Attendant. Guettant.

Et l'enthousiasme du début, sa foi en sa bonne étoile, se ternit peu à peu avant de s'envoler tout à fait. Vers 18h30, soleil tombant, jambes lourdes, cœur vide, il redescendit les marches du métro Belleville...

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France-Info. 20h18. Flash spécial.

L'attentat au métro Stalingrad n'a toujours pas été revendiqué mais son bilan définitif est maintenant connu. Il est de 3 morts et 15 blessés, dont 2 graves. Parmi les personnes décédées, il faut signaler la présence de notre confrère, le photographe bien connu...

 


Expressions à expliquer aux étudiants étrangers :

- reprendre ses esprits

- se remettre en selle

- faire des étincelles
 

Lieux communs recommandés à l'auteur débutant (ou au journaliste chevronné) :

- promis à la destruction

- un nuage de poussière

- une montée (ou poussée ?) d'adrénaline

- des maisons lépreuses

- dégringoler un escalier

- arpenter les rues 




Ambition



Jean Lanoix est journaliste. Journaliste dans la presse écrite. Il s’occupe des comptes rendus (on peut écrire aussi comptes-rendus) des conseils municipaux à l’Echo de la vallée du Hurepoix (Essonne).

Dire qu’il s’en satisfait serait exagéré. Jean Lanoix a une ambition déclarée : il veut passer à la radio et même à la télé.

Or Jean Lanoix a remarqué que, à l’occasion d’un événement exceptionnel, type tsunami, tremblement de terre ou prise d’otages (à condition qu’ils soient français !) dans un pays peu connu, les médias audiovisuels faisaient appel à un spécialiste du cru, sensé brosser un panorama documenté du lieu (les panoramas adorent être brossés !). Toujours le même spécialiste passant en boucle sur toutes les chaînes, celles-ci possédant les mêmes carnets d’adresses et le même manque d’imagination.

Jean Lanoix a donc décidé de devenir un « spécialiste du cru » pour être interviewé à la chaîne (!) et montrer sa valeur et son photogénisme (?) aux rédacteurs en chef à l’écoute.

Il a fait tourner sa mappemonde-lampe de bureau, a fermé les yeux, et a posé au hasard son index droit.

Il s’est ensuite plongé dans Gogol, le moteur de recherche bien connu, est devenu un intime du roi Mswati III  et a parcouru virtuellement les rues de Mbabane et de Lobamba.

Grâce à un confrère et néanmoins ami, Jean Lanoix a écrit un article fort bien documenté en page 78 du Coursier International (le mensuel des transports renommé) et est donc maintenant un spécialiste reconnu du Swaziland.

Il n’attend plus (avec impatience) qu’un tremblement de terre, une inondation catastrophique ou la mise à sac de l’ambassade de France par quelques vachers en colère (un tsunami étant peu probable dans un pays enclavé).

Il pourra alors enfin être invité dans le saint des saints : un studio de télévision.

 

 

 

Un prix Nobel pour trois

 

 

 

Les parlementaires norvégiens sont sympas. Ils ont choisi trois femmes.

Trois ? Pourquoi trois ? Aucune ne méritait vraiment un Nobel entier ?

C’est comme ça parce que ce sont des femmes ? Et en plus des femmes de l’autre monde, deux Libériennes et une Yéménite ? Nous n’utilisons plus l’expression Tiers-Monde, voir une précédente rubrique.

Mais non, voyons, on imagine tout-à-fait un chancelier allemand partager son Nobel avec un journaliste britannique et le président d’une ONG canadienne, n’est-ce pas ?

 

De plus le blondinet d’i-télé qui présentait cette info a battu tous les records de compétence ; s’adressant à son collègue spécialiste ès questions internationales, il constata :

«Et ce sont trois femmes africaines.»

Et ce avant d’ajouter le Rwanda à la liste des pays où la réconciliation entre bourreaux et victimes s’était faite rapidement!

Mais nous devons reconnaître que le goût de ce présentateur en matière de cravates compense largement ses quelques lacunes mineures en histoire-géo.

 

le 7/10/11



 
 

 

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