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Avertissement au lecteur

 Les personnages de ce roman sont, bien entendu, totalement fictifs et leurs noms ont été tirés au sort dans un chapeau. Toute ressemblance avec une personne existante ou ayant existé serait donc le fruit du hasard et même carrément un miracle. Si vous croyez reconnaître des personnalités politiques dans ces portraits, vous devriez cesser de voter pour elles.

            L’auteur

LES PRINCIPAUX PERSONNAGES

LES MEMBRES DU BUREAU POLITIQUE DU P.D.R. DES ANNEES 80

- Hubert Marchandeau, 60 ans, avocat retraité, ancien Premier Secrétaire du P.D.R., secrétaire d'Etat à l'agriculture en 1984

- Armand Pacif, 45 ans, ancien permanent du P.D.R.,  sans emploi

- Antoine Rosato, 59 ans, anime des promotions dans les supermarchés

- Bernard Guillermin,  68 ans, instituteur retraité, toujours membre du parti

- Victor Petrov, 77 ans, a succédé à Marchandeau à la tête du P.D.R.

- Lucie Deschamps, 55 ans, ancienne épouse de Marchandeau, gérante d’une galerie d’art

- Annie Bertoli, 46 ans, ancienne responsable de la Commission Femmes du P.D.R. , ancienne maîtresse de  Marchandeau, toujours membre du parti

- Maria Héron, 41 ans, compagne d’Hubert Marchandeau

 

LES MEMBRES ACTUELS DU P.D.R.

- Michel Benoît, 45 ans, énarque, le Premier Secrétaire

- Sophie Varrin, 35 ans, secrétaire particulière de M. Benoît

- Jean-Sébastien Schmoll , 60 ans, ancien gendarme, responsable du Collectif de Protection

- Franck Sauveur, 44 ans, responsable de la communication

- Isabelle Cursak, 25 ans, adjointe de Sauveur

- Christiane Genêt, 75 ans, ancienne secrétaire du Bureau Politique

- Francis Ribeau, 65 ans, le "sage" du B.P.

- Etienne Debrie, leader du courant Ecologie libertaire, adversaire de Benoît au B.P.

- Christophe Burlat, adjoint de Debrie

- Pierrot Revinsky, 65 ans, ouvrier retraité, membre du Collectif de Protection, chauffeur occasionnel de Schmoll

- Claude Cornet, fédération du Nord, candidat aux élections législatives

- Paul Bénard, membre du B.P., fidèle de Benoît

- Jean-Marc Philippe, militant de base, membre du Collectif de Protection

- Jacques Fontaine, membre du B.P., ami de Franck Sauveur

 

LE MINISTERE DE L’INTERIEUR

- Auguste Pania,  ministre de l’Intérieur

- Hector Bianchi, chef du cabinet du ministre

- Charles-Edouard de Stains, commissaire de police




CHAPITRE 1 LES PRÉPARATIFS


1

 

Autoroute A6, samedi 4 avril, 9h

Ce matin-là, Michel Benoît, se dirigeait vers Paris sur l’autoroute A6 au volant de sa Renault 25. Quinquagénaire, petit, mince et même sec, le nez anguleux, grisonnant des tempes (une teinture habilement  dispensée donnait au reste de ses cheveux un reflet brun roux), volubile, il gardait de son passage à l’ENA et à l’Inspection des Finances le goût des costumes bien coupés et des phrases creuses. Il adressait un sourire radieux à son pare-brise. Pourtant la matinée n’incitait pas franchement à la gaîté. Comme d’habitude, le ralentissement de Champlan s’était mué en bouchon, une pluie fine mouillait les zones industrielles et le décor pylonesque élaboré par EDF n’avait rien d’attrayant.

Non, une petite phrase qui revenait tous les quarts d’heure sur France-Info était la cause de cette jubilation.

« …Le P.D.R. fête aujourd’hui ses 40 ans et, dans le cadre de la campagne électorale pour les élections législatives, organise un meeting, salle de la Mutualité à Paris, suivi d’un banquet, sous la présidence de son Secrétaire Général Michel Benoît, avec la participation de tous ses anciens dirigeants…»

C’était cela. Il se sentait enfin proche de la réussite. Il avait repris en main, cinq ans auparavant, le Parti Démocratique Révolutionnaire (P.D.R. pour les intimes) et, grâce à ses talents de communicateur, lui avait fait franchir le pas qui sépare une petite organisation militante d’un parti d’avenir, capable d’obtenir 10 à 15% des voix aux élections et de devenir le partenaire incontournable de la prochaine coalition gouvernementale.

Cette soirée de fête en était le prélude. Il avait dû montrer des trésors de diplomatie pour convaincre tous ses prédécesseurs de dépasser leurs anciennes rancœurs et de dîner ensemble devant les objectifs des caméras de télévision et des photographes.

Ces lendemains qui chantent l’empêchèrent de réagir assez vite quand le camion de la Société Garcia, spécialisée dans l’importation de pastèques, qui roulait devant lui freina brusquement.

« Quelle journée de merde ! », pensa-t-il devant le capot défoncé de sa Renault 25, environné de pastèques plus ou moins écrasées.

Il ne croyait pas si bien dire : il n’avait encore rien vu.

 

2

 

Paris, samedi 4 avril, 10h, boulevard Saint Germain

Pendant ce temps, boulevard Saint Germain, au siège du P.D.R., les préparatifs battaient leur plein (sans grande protestation de ce dernier d’ailleurs). Franck Sauveur refaisait le plan de table pour la troisième fois en compagnie d’Isabelle Wallon, sa toute nouvelle secrétaire.

« Mais non, tu ne peux pas mettre Marchandeau à côté de Guillermin ! Ils se détestent depuis quinze ans.

- Je le mets à côté d’Annie Bonnet ?

- Tu plaisantes ? Ils ne se parlent plus depuis qu’ils ont eu une affaire de fesses.

- Je le case où, alors ?

- Mets-le à côté de Leclerc. Il a quitté le parti en même temps que Marchandeau et il est complètement sourd. Ils ne pourront pas s’engueuler.

- Et Annie ? Je peux la mettre à côté de Guillermin ?

- Pas de problème. Ils étaient dans le même courant.

- On ne va pas franchement se marrer ce soir avec toutes ces susceptibilités.

- On n’est pas là pour se marrer, on est là pour gagner 2 ou 3 % supplémentaires en donnant l’image d’un parti uni, rassembleur, à la fois enraciné dans le passé et porteur d’avenir, préparé à toute fonction gouvernementale.

- Bon. Mais pourquoi on fait des tables par Bureaux Politiques successifs ?

- C’est symbolique. Toutes les générations du Parti sont unies en vue de la victoire… Bon. Récapitulons. Marchandeau préside la table des années 80 avec Leclerc à sa droite et Marie Gauthier, son égérie, à sa gauche…

- Tu crois vraiment que Leclerc acceptera d’être à droite de Marchandeau ? Je croyais qu’il était… ».

C’est à cet instant précis que Benoît fit irruption, ou plutôt éruption, dans la pièce. Il n’était déjà pas d’un naturel doux et conciliant, plutôt connu pour ses colères homériques, d’ailleurs assez répandues chez ceux qui se prennent pour des meneurs d’hommes, mais l’affaire des pastèques avait légèrement modifié sa vision des médias français. Il apostropha Sauveur sans ménagement.

« - Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Un entrefilet dans l’Huma et dix lignes dans Le Parisien, c’est ça que vous appelez une couverture de presse ? Vous croyez que vous êtes payé à rien foutre ? ». Benoît se refusait à tutoyer ses camarades, contrairement à l’usage du Parti. Il pensait sans doute qu’il était bon de maintenir les distances avec le vulgum pecus. Même si parfois le tutoiement le gagnait quand il était particulièrement furieux.

Le teint de Sauveur vira successivement du blanc crayeux, sa couleur naturelle, à l’écarlate flamboyante, assortie à sa cravate, puis à la pourpre romaine, tandis qu’Isabelle préférait s’esquiver discrètement du bureau par la porte laissée entrouverte.

« - Mais Albert de Libé m’avait promis une page pour aujourd’hui.

- Depuis quand croyez-vous ce que dit ou écrit un journaliste ? Vous l’avez invité à bouffer dans un bon restaurant au moins ?

- Non c’est lui qui…

- Je vous ai déjà dit qu’il fallait le soigner, le traiter, et pas à la gargote du coin. Qu’est-ce que tu fais de ton budget ? Tu le mets sur ton livret de Caisse d’Epargne ? »

Là, Benoît touchait le point sensible ; nombreux étaient ceux qui pensaient que Sauveur puisait allégrement dans le "budget com" pour remplir son bas de laine.

« - Attendez de voir Le Monde de cet après-midi.

- Oui… mais fais attention, tu joues ta place sur ce coup. »

Sauveur était en effet sur un siège éjectable, ne devant son poste qu’à son appartenance au courant "Humanisme et Solidarité" dont Benoît avait eu besoin, cinq ans auparavant, pour asseoir sa majorité, qui, sans cet appui, n’aurait pas été aussi confortable. Or Benoît pensait qu’il était maintenant assez solidement installé aux commandes du Parti pour que son propre courant « Libéralisme et Environnement » (à ne pas confondre avec « Ecologie Libertaire », l’aile gauche du mouvement) puisse se passer de tout soutien au prochain Congrès qui  devait se tenir trois mois après les élections.

Il est vrai que la plupart de ses interlocuteurs se demandaient bien pourquoi Sauveur avait le titre de "Chargé des relations avec la presse au P.D.R." La quarante-cinquaine, petit, rondouillard, lunettes épaisses, cheveux bruns gras plaqués sur un crâne que la calvitie commençait à gagner, il ne payait pas de mine avec son vieux costume bleu, une chemise blanche éternellement froissée et des cravates perpétuellement tachées. Il arrivait même que l’on trouve dans sa barbe quelques spaghettis, restes de la veille ou de l’avant-veille. Le pire étant l’odeur que dégageaient simultanément haleine et aisselles au point que personne ne voulait s’asseoir à ses côtés lors des diverses réunions. Seule Isabelle, enrhumée depuis sa prise de fonctions, arrivait encore à le supporter, mais jusqu’à quand ?

Si, par hasard, vous désirez connaître la suite, demandez-la gentiment à Arsène.  

 

 

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